jeudi 17 avril 2014

Réfugiés libyens en Tunisie: Une coalition de rebelles s’engage à les rapatrier


A peu près 500 mille réfugiés libyens résident actuellement sur le sol tunisien, selon un des responsables du Rassemblement pour la Libye (RPL)


Par Abdel Aziz HALI, le 15-04-2014
 « La réconciliation avec nos ennemis n’est qu’un désir de rendre notre condition meilleure, une lassitude de la guerre, et une crainte de quelque mauvais événement. », disait La Rochefoucauld. 
Que dire quand il s’agit d’un pays qui a vécu 42 ans sous le joug d’une dictature totalitaire qui a débouché vers une révolte sanguinaire et un éclatement sur tous les plans.

Les représentants de l’ambassade libyenne à Tunis en compagnie des membres du bureau politique du RPL (Crédit Photo: Abdel Aziz HALI)

C’est dans l’optique d’une réconciliation nationale qu’une coalition de rebelles libyens, soutenue par l’association tuniso-libyenne pour la solidarité et le travail caritatif, a annoncé, hier, lors d’une conférence de presse tenue à Tunis, la création d’un collectif qui porte le nom du « Rassemblement pour la Libye » en la présence du chargé d’affaires à l’ambassade libyenne à Tunis, M. Mohamed Abdallah Ali Maaloul et du consul général libyen, M. Abderrazak Bousnina.

- Un retour sécurisé - 

Selon M. Imed Al Kouni, secrétaire général de l’association et membre fondateur du rassemblement pour la Libye, ce collectif aura comme principal objectif de faciliter le rapatriement des réfugiés libyens (familles et individus) tout en assurant leur sécurité à travers une étroite collaboration avec les chefs de tribus et des forces vives libyennes.
« Nous (les rebelles) sommes ceux qui ont fait la révolution et c’est à nous de bâtir l’Etat. Malheureusement, c’est le dossier de la réconciliation nationale qui continue à entraver la création d’un Etat libyen. C’est pour cela que notre rassemblement a fait du dossier de la réconciliation l’une de ses priorités.  », a déclaré M. Al  Kouni.
De son côté, M. Mohamed Abdallah Ali Maâloul, chargé d’affaires à l’ambassade libyenne à Tunis a rendu hommage à la République tunisienne et au peuple tunisien pour leur inconditionnel soutien au peuple libyen ainsi qu’à l’association tuniso-libyenne pour la solidarité et le travail caritatif.
« La Libye a beaucoup besoin de telles initiatives. Ce rassemblement par sa large représentativité des régions libyennes et de chefs rebelles de renommée pourra jouer un rôle important dans la réconciliation. », a-t-il déclaré.
-Une collaboration avec le ministère des A.E. libyennes -

Il renchérit :
 « De mon côté, j’apporte mon total soutien à ce rassemblement et je tiens à vous informer que le ministère des affaires étrangères libyennes a désigné une commission pour travailler avec ce collectif et trouver une solution au volet des réfugiés libyens en Tunisie, même si je n’aime pas utiliser le terme de réfugiés car les Tunisiens et les Libyens forment un seul peuple.  Le dossier des réfugiés sera le premier point à débattre dans le cadre du Dialogue national et du projet de la réconcilliation nationale. De son côté, le rassemblement pour la Libye va œuvrer pour les rapatrier chez eux tout en prenant en considération leurs problèmes (éducation, santé, etc.). ».
- Un plan d’action à 4 points -

Pour ce qui est du plan d’action du RPL, M. Mohamed Al Nammar, membre du bureau politique du rassemblement pour la Libye et représentant des rebelles de Sabha, a déclaré : 
« Premièrement, nous allons procéder par effectuer des visites aux familles réfugiées en Tunisie pour  évaluer leur situation et leur apporter de l’aide en cas de besoin. Deuxièmement, nous allons étudier les dossiers au cas par cas surtout pour ce qui est des obstacles qui entravent leur retour en Libye. Troisièmement, le rassemblement pour la Libye va s’activer pour trouver des solutions à ces problèmes. Et enfin, nous allons mettre en place les meilleures conditions nécessaires à leur rapatriement en Libye. »

Le bureau politique du rassemblement pour la Libye (RPL) est composé de : Nasr Belgacem Belhadj (président et un des chefs rebelles libyens), Moustapha Labyadh (un chef rebelle libyen), Mohamed Al Nammar (représentant des rebelles de Sabha), Bachir Al Kikli (un chef rebelle), Marzouk Al Fakhri (représentant des rebelles de la Cyrénaïque), Hathem Mâamar  (représentant de Tajoura et l’un des rebelles de Tripoli), Moustapha El Ouaer, Ibrahim Shahata (représentant des rebelles de Morzeg et de la tribu de Tabou), El Hadj M’hammed Al Kenchi (un des chefs rebelles de Zenten et chargé du dossier de la réconciliation et des affaires sociales au sein du RPL) et Imed Al Kouni (secrétaire général de l’association tuniso-libyenne pour la solidarité et le travail caritatif).

A.A.H.

dimanche 13 avril 2014

Le plat du printemps chez les Nabeuliens: La Ojja de mayou

Rafik Jazi, vendeur d’épices à côté d’un chapelet de piments rouges séchés
(Crédit Photo: Abdel Aziz HALI)

Pour les habitants de Nabeul, l’arrivée du printemps est fêtée par la célébration de mayou el-âjmi. Ce jour-là, les autochtones de ces contrées mangent au déjeuner la fameuse Ojja de mayou (une omelette à base d’harissa très typique).
Selon Rafik Jazi, 57 ans, et célèbre vendeur d’épices du côté de Sidi Mâaouia à Nabeul, tout un secret se cache derrière la préparation de Harisset mayou. C’est à partir de la dernière semaine d’avril jusqu’au mois de juillet que s’étend la saison de Harisset mayou. 
-Un cocktail de piments et d’épices-
« Quand les figues et les mûres deviennent mûres, nous commençons la préparation de cette Harissa à base de produits frais. La légende veut qu’on utilise un assortiment de feuilles vertes dont la majorité est issue d’arbres fruitiers de la saison (le figuier, le mûrier, l’oranger, el Kharroub (le caroubier) et le néflier) ainsi que celles du figuier de barbarie et des oliviers. On y a joute aussi les feuilles de lauriers sans oublier El feyjel (la rue des jardins connue aussi par le nom de l’herbe de grâce),  les feuilles de menthe, basilic, mardkouch (marjolaine), tabel (un mélange de coriandre et d’épices), de l’ail, carvi, des graines de fenouillet réduits en poudre, de la curcuma, ainsi que d’autres épices (hormis le cumin qui est à exclure). Ces ingrédients sont associés à du piment rouge finement écrasé à l’aide d’un mortier en bois après l’avoir séché au soleil en forme de chapelets  », c’est la recette que Rafik tient de sa mère Jaziya.
Harisset mayou (Source: Page Facebook "Si Nabeul m'est conté"

Il renchérit : « Le kilo de Harisset mayou oscille entre 12 et 15 dinars. Et pour préparer la ojja de mayou, la recette originale consiste, pour deux œufs, à ajouter deux cuillères à soupe de Harisset mayou accompagnées de deux cuillères de chapelure. Le tout doit être frit dans une poêle pour obtenir à la fin des omelettes aux allures de beignets.  Bon appétit !»    
 -Eloigner le mauvais œil-
De son côté, Mme. Neïla  nous parle des traditions culinaires le jour de mayou El-âjmi : « Sur la table du déjeuner, les familles nabeuliennes mangent du foul mdamess (des fèves bouillis et servis avec un mélange d’huile d’olive, cumin, sel  et Harissa),  des galettes de ojja de mayou au persil ou à l’harissa et, comme plat résistant, un mermez à la viande de chèvre avec des oignons blancs. Au dessert, nous mangeons les fruits de la saison : figues, mûres, abricots et les nèfles (boussaâ). », précise Mme. Neïla.
Ojja de mayou (Âjjet mayou,
source: Page facebook "Si Nabeul m'est conté")

Elle conclut : «  Avec les coquilles des œufs utilisés dans la préparation de ces omelettes, ma grand-mère Zakia Gastli confectionnait une grande qlèda (un collier) avec, comme pendentif, un morceau de charbon de bois ou l’arête du poisson  sfin (l’Ange de la mer, connu aussi sous le nom de chien de mer). Elle accrochait avec fierté son collier dans la cuisine ou bien dans le patio. Elle disait que ça éloignait El Aïn (le mauvais œil) de la demeure et apportait la baraka (la prospérité) à la famille.  D’autres arboraient ce collier comme signe d’opulence et de richesse. »
-« El bryat » comme talisman-
Loin des traditions culinaires de la saison du printemps à Nabeul, selon un extrait du livre « De Néapolis à Nabeul » édité par Alif-Les éditions de la Méditerranée pour le compte de l’Association de la sauvegarde de la ville de Nabeul, « les enfants du kouttab (école coranique), recevaient de leur meddeb (instituteur), contre gratifications, un talisman signé, appelé « byrat » (dénonciation ou acquittement) qui devait être attaché derrière la porte de la maison pour ses supposées vertus protectrices ».
Dans ces talismans, on pouvait lire le texte suivant : « Au nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux; Ne vois-tu pas, ceux qui ont été chassés de leur foyer quand le trépas s’est présenté à eux et leur a crié décédez! Décédez! Décédez! Que la paix éternelle soit avec Abraham dans les deux mondes». Sacrés traditions !

Symphonie florale au Cap Bon: Au rythme du Z'har

Ratiba M’rabet devant de son alambic en train distiller les fleurs de bigaradier (Crédit Photo: Abdel Aziz  HALI)
À l’image des faubourgs de Nabeul, toutes les villes et les villages du Cap Bon vivent durant le printemps au rythme d’une symphonie florale dont le maestro n’est autre que la célèbre fleur de bigaradier connue en Tunisie sous le nom de Z’har.
Si l’arbre du bigaradier commence à fleurir à partir du mois de Mars, la cueillette du Z’har débute à partir du mois d’Avril comme l’atteste M. Mohamed Zagrouti, un retraité âgé de 67 ans et qui possède une petite orangeraie à El Mhadhba où se trouve le grand marché du Z’har.
-Tout un business-
Chaque printemps et durant la première quinzaine d’Avril, la famille Zagrouti consacre toute la journée pour cueillir les fleurs du Bigaradier. 
« On se lève chaque jour de bonheur et la cueillette débute à partir de 6h00 du matin et se poursuit jusqu’à 17H00.  Pendant 15 jours, les nattes de joncs et les échelles décorent le paysage. Une partie de la récolte est destiné pour l’usage personnel, l’autre on la vend au souk du vendredi.», souligne Mohamed Zagrouti.
Saveurs et couleurs nabeuliennes
 Il faut dire que tout un business s’articule autour de la cueillette des fleurs du bigaradier. Les grands agriculteurs qui possèdent de vastes domaines d’orangers font en général appel à des femmes pour assurer le job. 
« En général, l’ouvrière reçoit 15DT par jour. », claironne M. Zagrouti. Pour ce qui est des prix, nous apprenons que le prix d’une wazna Z’har (l’équivalent de 4 kilogrammes) a grimpé de 12 DT jusqu’à 21 DT cette année en l’espace d’une seule semaine. « Cette année la récolte est assez moyenne par rapport aux années précédentes », explique notre interlocuteur.
Des femmes en train de faire le tri d'une cueillette

«Si la grande partie de la récolte au Cap Bon est acheminée aux grandes distilleries pour extraire l’huile essentielle du néroli, toutes les familles de la région procèdent d’une manière artisanale à la distillation des fleurs du bigaradier pour obtenir une eau parfumée. L’eau du z’har est très utilisée dans la cuisine capbonaise pour arroser les graines de son couscous ou pour la préparation de certains gâteaux», assène Mme Ratiba M’rabet. 
Elle ajoute  : «Cette année, le prix de la fachka z’har (la fiasque d’eau parfumée) oscille entre 18 et 20 dinars, selon la qualité du produit».
Pour les femmes de la région, l’art de distiller les fleurs du bigaradier se transmet de mère en fille. Le concept de la distillation s’appuie sur un dispositif d’alambic en cuivre surmonté par un mahbès (un pot de terre cuite que fabriquent les potiers de Nabeul). Malheureusement, cette tradition meurt à petit feu car, aujourd’hui, les femmes font de plus en plus appel aux services des artisanes qui ont fait de la distillation leur gagne-pain.
« Une personne non initiée ne peut pas monter comme il se doit les différentes pièces composant l’alambic traditionnel, ni doser la quantité de fleurs et la température de l’eau qui permet l’obtention de la meilleure qualité. », lit-on dans l’ouvrage « De Néapolis à Nabeul-Chapitre Eaux parfumées ».
Un alambic à l'ancienne

Toujours selon Mme. M’rabet, la wazna de fleurs fournit en général deux fiasques d’eau distillée bien concentrée, surnagée d’huile essentielle (ce qu’on appelle dans le jargon professionnel : le premier choix) et deux bouteilles de Kaâ (une eau parfumée à faible concentration).
-Un joli cadeau à offrir-
Nous apprenons aussi que « pour contenir l’eau parfumée, si l’on se contente ailleurs des récipients (fechka) recouverts de raphia et de plus en plus de plastique que l’on trouve sur le marché, les Nabeuliennes préfèrent les revêtir de papier d’argent savamment découpé et enrubanné ou de housses faites au crochet dont elles renouvellent annuellement les modèles (…). Les feckha recouvertes de robes aux multiples volants et aux bouchons munis de chapeau de dentelle évoquant les poupées rétro, garnissent les étagères des chambres traditionnelles et les trousseaux des mariées. ».
Outre le Z’har, les Capbonais distillent aussi les pétales de roses pour obtenir l’eau de ward (roses) « qui aromatise les entremets sucrés et les pâtisseries », le géranium Rosat pour obtenir la otria (l’eau de géranium) et el flaiou (la fleur de menthe) très efficace contre l’ensoleillement et les coups de soleil.
La tradition veut que quand les Capbonais partent à l’étranger ou se rendent comme invités dans une autre région tunisienne, ils ramènent avec eux comme cadeau une Fechka de Z’har. Tout un symbole !



Abdel Aziz HALI




Douceurs du printemps


Halwet Z'har et qchour el borgdane


Les grands-mères nabeuliennes sont connues pour leur art de la pâtisserie. Pour parfumer leurs gâteaux et donner une saveur originale à leur café turc, elles avaient tendance à y ajouter un peu d’écorces d’orange séchées (qchour chayha el borgdane).

Les pétales des fleurs de bigaradier: une source de plaisir

Aujourd’hui, quelques Nabeuliennes, très attachées aux saveurs d’antan, continuent de perpétuer la tradition de laver les oranges et de les peler soigneusement à l’aide d’un canif ou d’un couteau de cuisine en spirale. Ensuite, elles les laissent sécher sur la corde à linge ou sur le fer forgé des fenêtres de leurs patios. Enfin, séchée, l’écorce se conserve intacte ou bien broyée dans une boite avec les épices.

-Des petits  cubes au goût du miel-   

Une autre tradition typiquement printanière et exclusivement made in Nabeul  caractérise la cuisine de la ville des potiers. En effet, durant la saison de la cueillette des fleurs du bigaradier, plusieurs femmes nabeuliennes perpétuent la tradition de préparer des sucreries à base de ces fleurs dont la texture est semblable à celle du Halkoum (le lokoum turc).

« Nous choisissons les fleurs les plus blanches du bigaradier. Ensuite, on les écrase dans un mortier en bois, puis on mélange le produit qu’on obtient  avec du sucre. On laisse le mélange  dans un coin ombragé. Après quelques heures, nous obtenons une pâte brune qui par la suite sera découpée en petits cubes ou losanges. Les enfants et les personnes âgées en raffolent. Ça se mange avec un café turc ou bien au petit déjeuner. On appelle ça : Halwet Z’har (friandises à base de fleurs d’oranger), d’autres l’appellent « Maâjoun Z’har » ! Une spécialité 100% nabeulienne. Un vrai délice. », nous raconte Mme. Neila, une citadine nabeulienne.

A.A.H.

jeudi 10 avril 2014

Multinationales allemandes implantées en Tunisie: Synergie syndicale tuniso-allemande

Houcine Abbassi annonce la reprise, prochainement, du Dialogue national en concertation avec les partis politiques
Houcine Abassi, Secrétaire général de l'UGTT
(Crédit Photo: Abdel  Aziz HALI)

D
ans le cadre de la coopération tuniso-allemande dans le secteur syndical, la Fédération générale de la métallurgie et de l’électronique Fgme-Ugtt, la Fédération de métallurgie allemande IG Metall-DGB et la fondation Friedrich Ebert ont organisé, hier, à Hammamet un séminaire sur « la situation politique et sociale des sociétés multinationales allemandes implantées en Tunisie » en présence de M. Houcine Abassi, secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail.

A cette occasion, M. Houcine Abassi a souligné le rôle majeur joué par son organisation en tant que régulateur de la situation politique post-14 janvier 2011qui s’est soldé par la réussite du Dialogue national et la sortie du pays d’une crise politique sous l’égide du Quartet dont l’Ugtt en est l’épine dorsale. 


«Le Quartet parrainant le Dialogue national se réunira pour en fixer la date de la reprise, prévue probablement au cours de cette semaine, et ce, en concertation avec les partis politiques», a-t-il précisé.


Abassi a indiqué qu’il a été décidé de reprendre le dialogue, une fois les points de divergence déterminés lors de l’examen par l’Assemblée nationale constituante du projet de loi électorale et d’oeuvrer, ensuite, en coordination avec les partis participants au dialogue national, à surmonter les désaccords.

Superviser les conditions de travail

Pour ce qui est de la situation économique et sociale des sociétés multinationales allemandes implantées en Tunisie, M. Abassi a annoncé la mise en place prochainement d’un réseau international connectant la Fgme-Ugtt et son homologue allemande adhérente à la Deutscher Gewerkschaftsbund (DGB - Confédération allemande des syndicats). Ce projet aura pour tâche principale de superviser les pratiques au sein des entreprises allemandes implantées en Tunisie et un peu partout dans le monde et de veiller sur les conditions de ses travailleurs dans ces sociétés.


« Ce réseau international consolidé par la coopération entre fédération générale de la métallurgie et de l’électronique Fgme relevant de l’Ugtt et IG Metall (la branche métallurgique de la Confédération syndicale majeure d’Allemagne, DGB-Ndlr) va permettre l’échange de données et d’informations entre les deux fédérations et une mutuelle coordination entre les deux syndicats pour trouver des solutions aux problèmes rencontrées par les entreprises allemandes implantées en Tunisie et dont le siège se situe en Allemagne.», a-t-il déclaré.


De son côté, Mme Claudia Rahman, représentante d’IG Metall, a salué le pluralisme qui caractérise le paysage syndical tunisien. 

Claudia Rahman (G), Houcine Abassi (C) & Tahar Berberi (D)
(Crédit Photo: Abdel Aziz HALI)

« En Allemagne, les syndicats au sein des entreprises sont représentés par des comités d’entreprises élus qui sont l’équivalent des syndicats de base en Tunisie. Dans le secteur de l’industrie et des fournitures d’automobiles, en matière de représentativité, IG Metall n’a pas toujours de majorité au sein de certaines entreprises, ce qui nous pousse toujours à trouver des compromis avec les autres syndicats. Notre devise est d’être toujours à l’écoute des employeurs et de chercher des solutions ensemble».

Une stratégie conjointe 

Elle renchérit : 


« Au cours de ces deux jours de séminaire, nous allons essayer de formuler des propositions et des solutions stratégiques communes avec nos confrères de la Fédération générale de la métallurgie et de l’électronique Fgme-Ugtt parce que les syndicats dans les deux pays ont les mêmes problèmes. Nous devons améliorer les conditions de travail et les droits des travailleurs au sein des multinationales allemandes vu que ces dernières ont une stratégie globale qui est la même dans tous les pays. Nous avons besoin d’y voir clair sur ce qui se passe dans chaque pays pour prendre des décisions communes et une stratégie conjointe, et ce, dans l’intérêt du travailleur quelle que soit sa nationalité».
Toujours selon Mme Rahman, en octobre dernier, la direction de la multinationale allemande « Draxelmaier » s’est réunie avec les trois syndicats de base tunisiens pour trouver des solutions aux problèmes au sein de cette entreprise. Elle a décidé une augmentation de 7% du salaire des travailleurs. Et une autre réunion est prévue avec la direction « Leoni » même si la représentante d’IG Metall a avoué des divergences avec la direction en Tunisie. 
« Nous avons eu des réunions avec les responsables de Leoni en Tunisie et la direction centrale en Allemagne. Nous avons prévu une autre rencontre en principe au mois de juin prochain», a-t-elle précisé.

Selon M. Tahar Berberi, secrétaire général de la Fédération générale de métallurgie et de l’électronique (Fgme-Ugtt ), dans le secteur électronique, une moyenne de 50 mille salariés sont employés par les sociétés multinationales allemandes implantées en Tunisie dont 23 mille employés appartenant à 4 entreprises : Leoni, Draxelmaier, Kromberg und Schubert et Kaschke.

25% des salariés licenciés pendant la révolution


« La crise économique mondiale a beaucoup affecté les sociétés mères en Allemagne. Et avec les turbulences socioéconomiques et sécuritaires qu’a connues la Tunisie ces trois dernières années, les entreprises allemandes implantées en Tunisie ont connu beaucoup de difficultés. Ce qui a poussé ces sociétés à licencier plusieurs de ses salariés.
Par exemple aux premiers mois de la révolution, 25% de la main-d’œuvre tunisienne au sein de ces entreprises allemandes s’est retrouvée au chômage.
Par exemple aux premiers mois de la révolution, 25% de la main-d’œuvre tunisienne au sein de ces entreprises allemandes s’est retrouvée au chômage», rappelle M. Berberi.


«Ces vagues de licenciements en masse sont passées inaperçues. D’autre part, ces sociétés allemandes accusent des pertes aux alentours de 15% de leur chiffre d’affaires en Tunisie suite à l’arrêt des chaînes de production et du blocage au niveau de l’acheminement des produits vers les clients étrangers. Aujourd’hui, la situation au sein de ces entreprises est revenue à la normale surtout avec la stabilité sociopolitique qui caractérise la Tunisie. Toutefois, il ne faut pas occulter que la Tunisie est engagée dans une concurrence directe avec le Maroc qui jouit d’une situation socioéconomique plus stable que la nôtre», conclut Tahar Berberi.


Abdel Aziz  HALI

3 questions à...Ahmed Ammar Youmbai: L’augmentation du Smig est garantie

Le ministre des Affaires sociales tunisiennes, M. Ahmed Ammar Youmbai
(Crédit Photo: Abdel Aziz HALI)

Dans le cadre des négociations qui visent la révision du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig), les partenaires sociaux devraient se réunir, aujourd’hui, pour la deuxième fois en moins d’une semaine avec le ministère des Affaires sociales. Entre-temps, le ministre des Affaires sociales a participé récemment au séminaire de clôture  du projet de jumelage entre la Tunisie, la France et l’Allemagne sur l’«appui au plan national de prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles». Après son allocution d’ouverture, il a répondu à trois questions sur une éventuelle augmentation du Smig, le déficit des caisses sociales tunisiennes et le volet de la représentativité syndicale lors des négociations sociales.

Les caisses sociales (Cnrps, Cnss et Cnam) connaissent actuellement un déficit important ayant atteint plus de 200 millions de dinars en 2012 et serait de l’ordre de 400 millions de dinars en 2014. Certains experts parlent même de faillite. Qu’en pensez-vous et avez-vous des solutions pour combler ce déficit ?


Il est vrai que les caisses sociales en Tunisie passent par une situation très difficile. Par exemple, la Cnrps n’a plus de réserves, tandis que les réserves de la Cnss ont été réduites à celles d’une seule année. Alors que les normes internationales préconisent que les réserves pour une caisse sociale doivent être équivalentes à celle de 36 mois (3 ans). Donc la situation est très critique. La situation risque de devenir catastrophique si le gouvernement et les acteurs sociaux, dans le cadre du contrat social, ne prennent pas des décisions urgentes pour résoudre ce problème. Il y a un consensus général sur la gravité de la situation. Pour ce qui est des solutions, le ministère ne va pas décider tout seul. Les partenaires sociaux (l’Ugtt et l’Utica) auront leur mot à dire sur ce sujet. Certes, il y a des solutions urgentes pour stopper l’hémorragie mais il y aura aussi des réformes globales et drastiques qui pourront s’étendre sur deux ou trois ans. Parmi les solutions urgentes déjà proposées, il y a trois alternatives : soit on proroge l’âge de la retraite, soit on augmente les contributions ou on réduit les privilèges dont bénéficient les retraités. Logiquement, la troisième solution est à exclure car on ne peut priver quelqu’un d’un privilège déjà acquis. Il nous reste alors deux cas de figure. Pour ce qui est de l’augmentation des charges de cotisation, ce serait aussi difficile à appliquer. Vu la baisse du pouvoir d’achat et la situation assez précaire de certains salariés, il serait irrationnel de suivre cette voie. Donc nous n’avons pas le choix. Quand on a évoqué la prorogation de l’âge de la retraite comme solution, on a vu que c’était la solution la plus raisonnable à appliquer. Le gouvernement actuel ne prendra aucune décision à ce niveau de façon unilatérale. Ce n’est qu’une proposition parmi d’autres visant à faire face au déficit des caisses sociales. Tout sera décidé dans le cadre des négociations avec l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) et l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), dans une première phase, et avec les composantes de la société civile dans une phase ultérieure.

Mercredi dernier, le siège de votre ministère a accueilli la première réunion de concertation consacrée aux négociations sociales sur l’augmentation du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig). Où en êtes-vous dans ce dossier ?


Au cours de cette réunion, nous avons échangé avec les trois partenaires sociaux (l’Ugtt, l’Utica et l’Utap) les données et les indicateurs de notre situation économique. Et chaque partie a donné son avis et sa vision des choses. Et nous nous sommes donné rendez-vous pour une deuxième réunion qui se déroulera aujourd’hui. Ce qui est sûr, c’est qu’il va y avoir une augmentation du Smig.

Après la révolution, le pluralisme syndical a repris ses lettres de noblesse. Malheureusement, ces derniers temps, une guerre de positionnement oppose l’Ugtt et la Cgtt autour du principe de la représentativité. Si certains accusent le gouvernement de favoriser l’Ugtt sur les deux autres centrales syndicales en lui accordant l’exclusivité lors des négociations sociales, d’autres pensent qu’il est impératif de réviser le Code du travail tunisien pour mettre fin à cette querelle. Quelle est votre position sur ce sujet ?


Ce que vous venez de dire est très important. Les lois tunisiennes reconnaissent le pluralisme et la liberté syndicaux. Le problème se pose au niveau de la représentativité syndicale. Le législateur tunisien est assez clair dans ce cas précis : il dit que les négociations sociales se tiennent avec la centrale syndicale qui est la plus représentée au niveau sectoriel et national. En Tunisie, la centrale qui est la plus représentée dans le paysage syndical est l’Ugtt. Donc c’est à cette dernière de négocier avec le gouvernement dans le cadre du contrat social. Les autres centrales syndicales ont tendance à soutenir le principe de la représentativité proportionnelle. Or ni l’administration, ni le ministère ne peuvent fixer les critères de la représentativité proportionnelle. Il faut qu’il y ait un consensus sur cette problématique. Actuellement, plusieurs experts, surtout au niveau du BIT (Bureau international du travail), sont en train de discuter ces critères et le 11 avril 2014, un séminaire sur le pluralisme syndical va dresser son chapiteau en Tunisie où la question de la représentativité sera abordée.


Abdel Aziz  HALI

La santé et la sécurité des salariés à tout prix

 Une enquête nationale sera lancée au courant de l’année 2014 pour mettre en place une cartographie des risques professionnels en Tunisie (Caript 2014) 
De gauche à droite: le représentant de l'ambassade allemand, Mme. Baeza, M. Youmbai et la représentante de l'ambassade français (Crédit Photo: Abdel Aziz HALI)

Lancé le 17 février 2012, le projet de jumelage entre la Tunisie, la France et l’Allemagne sur l’«appui au plan national de prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles» a été clôturé hier lors d’un séminaire en présence de M. Ahmed Ammar Youmbai, ministres des Affaires sociales et de Mme Laura Baeza, ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie ainsi que des représentants des ambassades français et allemands à Tunis.


Lors de son allocution d’ouverture, le ministre des Affaires sociales a rendu hommage à l’ensemble des experts tunisiens qui se sont investis pleinement dans ce programme de jumelage et qui ont permis grâce à leur engagement, leur dévouement et la qualité de leur travail  de contribuer au succès de ce programme.

Près de 200 experts tunisiens impliqués

Il est à signaler que durant les 26 mois de la mise en œuvre de ce projet, ce sont 340 hommes/jours d’expertise réalisée au cours de 67 missions qui ont impliqué près de 200 experts tunisiens sans oublier la Direction de l’inspection médicale et de la sécurité au travail (Dimst), l’Institut de santé et de sécurité du travail (Isst) d’une part et le GIP international, opérateur du ministère de Travail français et le GVG allemand, d’autre part financé par l’Union européenne à hauteur de 800 mille euros.


 «En Tunisie et en dépit des efforts enregistrés dans la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles qui ont permis d’améliorer sensiblement les indicateurs de sinistrabilité, chaque accident surtout grave ou mortel reste une tragédie humaine, sociale et économique… Le processus de prévention est un processus dynamique. Nous sommes conscients qu’il faut œuvrer davantage ensemble : gouvernement, partenaires sociaux et représentants de la société civile afin de réduire au plus bas niveau la fréquence de ces accidents et de ces maladies», a déclaré M. Ahmed Ammar Youmbai.

 
Il a cependant rappelé l’importance du contrat social signé le 14 janvier 2013 entre le gouvernement, l’Ugtt (Union générale tunisienne du travail) et l’Utica (Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat) qui a inauguré selon lui 


«une nouvelle étape de concertation et de travail commun entre les différents partenaires sociaux et œuvrera à promouvoir la prévention des risques professionnels et à garantir à nos salariés des conditions de vie sûres et salubres».  

Sécuriser le secteur du BTP pour séduire les jeunes chômeurs
L’amélioration du système de prévention des risques professionnels devrait systématiquement passer, selon le ministre des Affaires sociales, par un «accroissement de la coopération avec nos partenaires étrangers et ce à travers la coopération bilatérale ou multilatérale» à l’instar du Programme d’appui à l’accord d’association et au plan d’action de voisinage (P3A-II) entre la Tunisie et l’Union européenne qui a subventionné ce projet de jumelage tuniso-franco-allemand.


 «Ce programme de jumelage a permis de mettre en place les bases d’une stratégie de prévention des risques professionnels que nous entendons expérimenter dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), un secteur connu par la fréquence accrue de ces accidents surtout graves et mortels (…). La mise en œuvre d’une stratégie constitue une priorité permettant ainsi non seulement de réduire le nombre des accidents dans ces secteurs mais aussi d’augmenter la compétitivité du secteur et son attractivité pour nos jeunes diplômés surtout que c’est un secteur qui connaît une carence en main-d’œuvre au moment où nous mobilisons tous nos efforts pour réduire le chômage, notamment celui des jeunes.», a-t-il ajouté.


M. Ahmed Ammar Youmbai a aussi annoncé le lancement prochainement (au courant de l’année 2014) d’une enquête nationale pour mettre en place une cartographie des risques professionnels en Tunisie (Caript 2014) permettant de définir les priorités et d’optimiser les programmes de prévention des risques professionnels.


Finalement, selon M. Mounir Issa, sous-directeur de la sécurité au travail de la Dimst (Direction de l’inspection médicale et de la sécurité au travail), le programme de jumelage a permis aussi : primo d’ élaborer des guides d’inspection des conditions de santé et de sécurité au travail sectoriels, proposer des pistes de réflexion permettant de renforcer la santé et la sécurité au travail dans les PME. Secundo d’appuyer la démarche de management de la qualité entreprise à l’Institut de santé et de sécurité au travail. Tertio, proposer aux groupements de médecine du travail et aux services de médecine du travail propres aux entreprises un guide pour mettre en place un système de management de la qualité de leurs services. Quatrièmement, de réaliser une étude comparée entre les réglementations tunisienne et européenne concernant la santé et la sécurité au travail et de proposer un calendrier prévisionnel permettant une harmonisation des réglementations. Enfin, de lancer la réflexion sur la mise en place d’un système national de veille juridique en santé et sécurité au travail permettant de vérifier l’effectivité de la loi et d’anticiper les répercussions sociales et économiques des directives européennes.


Abdel Aziz HALI

lundi 31 mars 2014

Entre l'UGTT et la CGTT: Le torchon brûle

Le dirigeants de l'UGTT exposent leurs arguments lors de la conférence de presse organisée, le 25-03-2014, dans le siège de la centrale syndicale à Tunis
(Crédit Photo: Abdel Aziz HALI)
La représentativité syndicale dans le paysage tunisien est plus que jamais à l’ordre du jour.  L’affaire de Carrefour en est l’illustration
« Prolétaires de tous les pays, unissez vous! », disait Karl Marx. 

En Tunisie, malgré le pluralisme qui caractérise désormais le paysage syndical, avec la présence de trois centrales (l’Ugtt, la Cgtt et l’UTT), le bien-fondé de cette célèbre citation semble bien loin du quotidien de nos ouvriers.
Si l’Union des travailleurs de Tunisie (UTT) a tendance à adopter un profil bas, un combat de positionnement dans le paysage social tunisien, aux allures d’une guerre froide, oppose depuis trois ans l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) et la Confédération générale tunisienne du travail (Cgtt).
Le dernier round de cette bataille s’est déroulé récemment dans les murs de Carrefour, l’hypermarché situé à la périphérie de La Marsa et appartenant à la société Ulysse Hyper Distribution. Devant un tel constat, l’Union régionale du travail de Tunis a tenu hier une conférence de presse au siège de l’Ugtt pour donner sa version des faits.

Oui pour le pluralisme, mais…



«L’Ugtt a toujours respecté et défendu le principe du pluralisme syndical, mais qui dit pluralisme, dit des critères bien précis et un cadre légal pour le définir loin de tous tiraillements négatifs qui peuvent envenimer le paysage social et le travail syndical», a déclaré Samir Cheffi, l’un des secrétaires adjoints de l’Ugtt, lors de son allocution d’ouverture.
« Depuis des décennies, l’Ugtt a toujours milité pour le droit  et la liberté syndicaux. Ainsi, on ne peut pas tolérer que quelqu’un vienne aujourd’hui nous donner des leçons sur ce volet ou nous accuser d’être derrière des abus d’ordre syndical. C’est par principe que nous dénonçons toute agression, quelle que soit sa nature, contre tout cadre ou responsable syndical. En revanche, nous refusons les déclarations qui nous accusent de collaboration avec la direction de Carrefour et les agents de sécurité pour réprimer des syndicalistes de la Cgtt», a-t-il ajouté.


En s’appuyant sur le principe de la représentativité, M. Cheffi a rappelé que le syndicat de base de l’Ugtt, grâce à ses 1.500 adhérents et selon le code du travail tunisien, est le seul syndicat « légitime » pour diriger des négociations avec la direction et améliorer les conditions matérielles et morales des ouvriers dans cette société.
De son côté, M. Farouk Ayari, secrétaire général de l’Union régionale du travail de Tunis, a présenté plusieurs documents et des chiffres pour défendre la position de l’Ugtt dans cette affaire. 


« Tout a débuté après le 14 janvier 2011, quand une poignée de nos adhérents ont décidé de quitter le navire pour créer vers la fin décembre 2011 un syndicat de base affilié à la Confédération générale tunisienne du travail (Cgtt). A cette époque, ils comptaient dans leurs rangs entre 550 et 600 adhérents sur un total de 3.700 salariés dans cette société. ».
 Il ajoute : 
«Conscient que l’union fait la force, ce nouvel acteur syndical a opté pour que les deux syndicats de base puissent travailler ensemble, et ce, dans l’intérêt de tout le monde. Entre octobre et novembre 2012, les deux syndicats ont unifié leurs forces. Sauf que plusieurs affiliés à la Cgtt ont été plus convaincus par l’approche de l’Ugtt et de sa légitimité au sein de l’entreprise pour défendre les intérêts des ouvriers, ce qui a poussé 480 salariés à quitter la Confédération pour retourner à l’Ugtt. Devant un tel constat, le bureau exécutif de notre syndicat de base a été contraint de léguer ce dossier au secrétaire général de l’Ugtt, Houcine Abassi et aux responsables des relations extérieures Kacem Afia, car la Cgtt a voulu internationaliser cette vague de défections».

Chronologie des événements 


Concernant les accusations sur l’implication du syndicat de base de l’Ugtt dans les agressions contre certains cadres de la Cgtt, Farouk Ayari a tenu à préciser la chronologie des événements.
Tout a commencé quand l’Union régionale du travail de Tunis a adressé le 5 février 2014 une note à l’attention de la direction générale de la société UHD-Carrefour pour organiser une réunion de travail, afin de débattre de plusieurs points. Le 17 février 2014, la direction générale a fini par répondre à cette note en fixant un rendez-vous entre les deux parties pour le 18 mars 2014 à 11h00 du matin.

«La direction a justifié le choix de cette date par l’absence de plusieurs membres de son conseil d’administration pour des raisons professionnelles liées à des affaires en Algérie. Notre bureau exécutif n’y a pas vu d’inconvénient et nous avons accepté cette date car nous étions convaincus que seule la voie du dialogue peut régler les problèmes des salariés», souligne le secrétaire général de l’Union régionale du travail de Tunis.
Toujours selon les documents fournis par Farouk Ayari, le 25 février 2014, la Confédération générale tunisienne du travail adresse une notre à l’attention du PDG de UHD-Carrefour pour l’informer du renouvellement du bureau exécutif de son syndicat de base au sein de l’entreprise qui compte désormais 5 personnes.


 «Le lendemain (le 26 février 2014), ce nouveau bureau exécutif a adressé un communiqué dans lequel il a convoqué la direction générale de la société pour la tenue d’une réunion de travail, afin de négocier plusieurs points. La question qui se pose est la suivante : est-ce normal qu’un bureau exécutif formé le 25 puisse adresser une liste de points à négocier ?», a renchéri F. Ayari.
Selon le dossier de presse fourni par l’Ugtt, nous apprenons que 7 jours plus tard (soit le 3 mars 2014) et comme l’atteste un document de la Cgtt (un télégramme) signé conjointement par Faouzi El Fezîi (secrétaire général du syndicat de base) et Mohamed Ali Guiza (chargé de la structuration et de l’organisation au sein de la Cgtt), le syndicat de base de la Confédération a informé les autorités régionales et la direction générale UHD-Carrefour que les salariés de l’hypermarché qui se trouve sur la route de La Marsa et  affilés à la Cgtt allaient observer une grève de trois jours (les 14, 15 et 16 mars 2014).

La grève de la discorde


Toujours selon le secrétaire général  de l’Union régionale du travail de Tunis :



« le 13 mars 2014, soit la veille de la tenue de la grève, la Cgtt informe ses adhérents de la création d’un nouveau bureau exécutif composé cette fois-ci de 7 personnes. Devant de tels rebondissements et compte tenu de notre large représentativité au sein de l’entreprise, la direction générale nous a convoqués à une réunion de travail avancée pour négocier les points déjà mentionnés dans notre précédente note. L’Ugtt a refusé l’avancement du délai de la réunion. Quant à la grève de la Cgtt, elle a eu lieu comme prévu et les adhérents de l’Ugtt n’ont pas participé à ce mouvement, car ils n’étaient pas concernés».

 Il renchérit : 
«  Le nombre des participants à cette grève n’a pas dépassé les 100 personnes, y compris les étrangers à l’entreprise. Au cours de cette grève, plusieurs dérives ont été enregistrées telle la fermeture de la route principale menant à La Marsa. Toutefois, l’activité au sein de l’hypermarché n’a pas été affectée. Le 18 mars 2014 et comme prévu, notre réunion a eu lieu avec la direction générale. Nous avons débattu des points avancés par l’Ugtt qui diffèrent totalement de celles de la Cgtt. Notre réunion s’est soldée par la réalisation de  plusieurs acquis au profit de tous les salariés de cette entreprise. Malheureusement, la Cgtt a voulu récupérer le fruit de nos négociations et les attribuer à son mouvement de grève ».

De leur côté, Sami Tahri et Belgacem Ayari, les deux secrétaires généraux adjoints de l’Ugtt, ont déploré les agissements des cadres syndicaux de la Cgtt dans cette affaire, tout en apportant leur soutien à l’Union régionale du travail de Tunis et en appelant au respect du code du travail tunisien.


Dans le camp opposé, Habib Guiza, secrétaire général de la Cgtt, avait déjà dénoncé dans une déclaration à La Presse,  le 9 janvier 2014, lors d’une conférence,  
«le refus du gouvernement d’établir des critères objectifs quant à la représentativité syndicale, tant au niveau de l’entreprise qu’à ceux sectoriel et national, au mépris des dispositions du Code du travail».

Le secrétaire général de la Cgtt a, par ailleurs, critiqué le fait que le gouvernement s’appuie sur cette situation «pour justifier l’exclusivité de la représentativité de l’Ugtt dans les consultations tripartites».

« Des dizaines de milliers de travailleurs ont choisi d’adhérer à un syndicat autre que l’Ugtt. Aujourd’hui, la liberté syndicale est marginalisée et subit plusieurs violations, surtout de la part du gouvernement actuel (NDLR : celui de la Troïka II)», avait-il ajouté.
Abdel Aziz HALI